• A la découverte des patrimoines cachés (1/5)

    Les villages désertés du plateau de Collandres

    Collandres. Lorsqu'on se promène sur ce grand plateau qui s'étend à l'ouest de la vallée de la Véronne, à environ 1 000 mètres d'altitude, on est d'abord conquis par le calme ambiant puis par la beauté du paysage, qui offre un point de vue imprenable sur le suc de Rond au sud, le puy de Sancy au nord ou le Cézallier à l'est. On devine également la silhouette de burons qui ont résisté au temps. A la belle saison, quelques cloches résonnent tandis que les gentianes jaunes opèrent un léger balancier favorisé par la petite bise locale. On resterait allongé des heures, à contempler l'horizon.

    Pourtant, l'esthétique des paysages n'est pas le seul atout de cette planèze. En effet, en cheminant le long des ruisseaux et de ces étroits chemins creusés par les vaches, on est surpris de passer à proximité de vestiges d'habitation. Parfois, ce sont des burons tombés en ruine. Mais d'autres fois, ce sont des vestiges de villages désertés, des ruines de bâtiments médiévaux (IXe – début XVIe). Une étude réalisée dans les années 1980 a analysé le plan et les éléments constitutifs des villages, la typologie de leurs bâtiments, puis les a replacé dans le paysage : choix de leur implantation, parcellaire, réseau des chemins, place de la forêt, activités économiques et hydraulique. Ce document est aujourd'hui consultable sur le site Persee est constitue un véritable trésor pour les passionnés d'archéologie.

    Cette carte du plateau de Collandres recense les villages désertés qui ont été mis au jour (cercle). Les traits gras représentent les deux principaux axes de communication. Les doubles traits matérialisent la route actuelle qui relie le bourg de Collandres à ceux de Valette et Trizac (est-ouest). Les doubles traits orientés sud-nord accompagnés de flèches sont la représentation des principaux cours d'eau et de leur sens d'écoulement : le Cheylat, la Sumène, le Gour. On distingue également le nom des parcelles.

     

     

    Dans l'étude dont il est question, on apprend que les fermes d'Espinasse, de la Chatonnière ou des Jaleines sont citées dans des textes remontant respectivement au IXe, XIIIe et XVe siècles. Les villages étudiés se présentent sous deux formes, ce qui a des répercussions sur la vie sociale : les uns sont blottis autour d'une place, le couderc (Les Jaleines, Le Clau de Plume), les autres sont construits de manière un peu plus anarchique (Chardonnel, Cournil voire Espinasse). Au Clau de Plume, on distingue bien le couderc : tous les chemins y convergent, et il comprend une source et un four à pain. A Espinasse, pas de source, mais la proximité d'un ruisseau alimente le village en eau.  

    Si on observe les vestiges de plus près, on observe que trois types de bâtiment apparaissent : des maisons bloc "à terre" (qui n'ont pas d'étage), où cohabitent parfois hommes et bétail; des maisons bloc "en hauteur" (qui laissent supposer l'existance d'un étage) et des maisons dissociées formant un "L". La plupart des bâtiment ont en commun d'être semi-enterrés, certains sont même très profonds. On s'en rend clairement compte lorsqu'on y pénètre.  

    Les fouilles ont également mis au jour deux ouvrages particuliers, aux Jaleines et à Cournil. Ouvrages relativement isolés, dominant le village et entourés d'un fossé. Alors, maison forte, résidence d'un personnage important ? Tour de guêt ? Difficile de trancher en l'absence de textes historiques appuyant l'une des deux hypothèses...  

    Sur un plan topographique, les villages se situent essentiellement sur les sommets et éperons rocheux. Il y a plusieurs raisons à cela : d'abord la salubrité, le plateau étant humide et parfois même marécageux; et la possibilité de surveiller les champs, jardins, animaux et de voir arriver les prédateurs. Le Clau de Plume, Cournil et une partie des Jaleines font exception à la règle et se trouvent sur des zones planes.  

    Par ailleurs, certains éléments laissent penser que des activités agricoles, de jardinage et d'élevage ont été pratiquées dans ces villages. Aujourd'hui encore, on peut aussi remarquer à l'oeil nu que des parcelles pourtant voisines ne présentent pas toujours la même flore. Le type de culture a pu l'entraîner. La présence de canaux, fossés d'irrigation, étangs ou moulins à eau servant à moudre les céréales montrent que l'eau a permis de nombreux aménagements, ce qui met en évidence une organisation sans faille et une parfaite maîtrise de l'environnement.  

    Concernant les problématiques de déplacement, le plateau était traversé par deux axes principaux (voir rubrique Histoire et traditions) qu'on a coutume d'appeler la "route de la Reine Blanche" (ou route du sel), qui reliait notamment Collandres à l'est à Trizac à l'ouest; et le "chemin de Rignac" (du nord au sud). Les pavés retrouvés lors des sondages, quadrangulaires et mesurant une vingtaine de centimètres de côté, en témoignent. 

    Comme l'observe l'étude, l'occupation agro-pastorale de la planèze semble s'interrompre au début du XVIe siècle, au profit d'une activité d'élevage extensif. Ce mouvement a été suffisamment important pour supplanter toute l'ancienne économie, les anciens cadres d'exploitation et tout habitat permanent sur ces hautes terres. Les villages sont définitivement désertés, seul persiste un peuplement saisonnier, et les pâtures recouvrent 80 % de la surface totale. C'est à peu de choses près, le paysage qu'il nous est encore possible de voir actuellement.

     

    Source : Marie-Claire SIMON-COSTE, Les montages d'Auvergne avant la vie pastorale actuelle, villages désertés et paysage fossile de la commune de Collandres; in Revue archéologique du centre de la France, tome 27, fascicule 1, 1988, pp. 61-98.

     

    >Lire l'étude


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