• Histoire et religion : Brocq (Menet)

    La grange cistercienne 
    livre ses secrets

    Claude Chappe-Gauthier, dans « Granges fromagères d'Auvergne » édité chez Cheminements en 2007, évoque l'existence de la grange de Brocq, située entre Menet et Le Monteil. 

    Saviez-vous que le cantal fut, au départ, un fromage d'abbaye ? Au Moyen-âge, les moines sont les seuls à détenir le savoir et les cisterciens, chaque fois qu'ils en ont eu la possibilité, ont porté au plus haut degré la technique et la qualité. C'est sans doute ce qui s'est passé pour le fromage du cantal.

    Des moines de l'abbaye cistercienne d'Aubazine en Limousin établirent, vers 1175, un vaste complexe agricole, la « Grange de Graule », au nord-est du Puy Mary (partie septentrionale du plateau du Limon), ainsi qu'une seconde « grange » à Brocq, près de Menet.


    La grange de Brocq

    Située sur la commune de Menet dans un vallon boisé où coule le Violon, véritable cadre cistercien, Brocq fut fondée à la fin du XIIIe siècle grâce aux libéralités des seigneurs de Saignes, d'Apchon, de Murat-la-Rabbe et des seigneurs de La Tour.

    En 1187, Odon 1er, comptour de Saignes, céda à l'abbé sa villa du Monteil au sujet de laquelle une transaction intervint le 2 août 1207 entre Odon II de Saignes et l'abbé Gérald.

    Le 31 mai 1239, Guillaume d'Apchon donna la montagne de Marlhioux.

    En 1260, Aymeric de Claviers, seigneur de Murat-la-Rabbe donna l'affar de Faussanges et, en 1284-1285, par suite d'accord avec Bertrand de La Tour, les villages de Dijon et du Cheyrier.

    En 1302, l'abbaye échangea le mas de la Condamine et l'affar de Lavergne contre le fief de Fosse, au sud de terres de Brocq.

    Enfin, en 1318, Bertrand VIII de La Tour céda à Astorg de Conroc, abbé de Valette, les rentes de Jalaniac dans la paroisse de Chastel-Marlhac, moyennant le prix de deux cents sols clermontois.

    Ainsi, la grange de Brocq, par ces possessions, couvrait toute la vallée. Les seigneurs de La Tour furent également les fondateurs de l'abbaye féminine cistercienne de Lavassin, aux confins du Cantal et du Puy-de-Dôme (Artense).

    L'implantation s'est faite de part et d'autre du ruisseau le Violon, déformation de « Violent », qui traversait le domaine.

    Le site recelait tout ce qui était nécessaire à la construction d'un établissement religieux : le bois avec la ceinture de forêt, l'eau du Violon qu'il fallait domestiquer, la pierre dont les carrières étaient toutes proches.
     

    Les convers s'installent sur la rive droite

    Sur le cadastre de 1837, tout comme lors de la vente des biens ecclésiastiques en 1791, deux noms apparaissent : le moulin de Broc et l'abbaye de Broc. Le terme « moulin de Broc » englobe un moulin, une grange et une maison d'habitation ; il s'agissait du domaine des convers (membres des ordres religieux catholiques chargés principalement des travaux manuels et des affaires séculières).

    Contrairement à la grange de Graule, la construction ici est très soignée ; le piperno (tuf volcanique, surnommée ici « pierre de Brocq ») s'y prêtait. Aussi la maison des convers reçut un aménagement remarquable malgré des dimensions modestes : 17 m x 15 m.

    Adossée au rocher comme la plupart des maisons auvergnates, elle est en partie enterrée.

    Le rez-de-chaussée était occupé par une salle de belle taille couverte d'une voûte surbaissée en pierres taillées et appareillées ; à l'arrière se trouvaient deux caves à fromage voûtées en plein cintre. C'était en quelque sorte le coffre-fort dans lequel s'affinaient les précieuses « fourmes ».

    Un four vaste, circulaire, était voûté en pierres de taille, formant une coupole surbaissée qui a pu servir de modèle aux fours plus récents, il a un diamètre de 2,37 m. Son importance laisse supposer un personnel nombreux mais également les pauvres gens des environs. On y cuisait les grosses tourtes de pain de seigle tous les quinze jours.

    Dans le prolongement du four, entre le mur gouttereau et les caves à fromage, un espace était réservé aux « loges à cochons ». Elles étaient au nombre de quatre, voûtées, elles aussi ; dans un inventaire on lit qu'elles étaient destinées à « trois truies et trois pourceaux ».

    On ne s'étonnera pas du soin apporté à la construction de ces soues, les porcs faisant partie de la richesse des exploitations agricoles ; ils étaient nourris de petit-lait additionné de son.

    A l'étage, qui était de plain-pied côté sud, se trouvait une vaste pièce dont le sol était couvert de grandes dalles de pierre. Une cheminée dont le linteau mesure plus de trois mètres est peut-être plus récente et laisse supposer qu'il s'agissait à la fois de la cuisine et du réfectoire ; entre cette cheminée et le mur de façade, comme dans beaucoup de fermes, une « aiguière » ou « bachère » de même facture que la laiterie. Contre le mur gouttereau nord était construite une petite pièce voûtée de 2 m de large sur 3,5 m de profondeur. Tout autour, courait à une hauteur de 1 m 10, une tablette en pierre , chanfreinée de 0,4 m de profondeur ; elle permettait de poser les seaux d'eau et d'autres ustensiles. Sous la partie située contre le mur gouttereau, deux réceptacles creusés dans le mur ; l'un pouvait servir à évacuer les eaux usées ; le second, moins profond, était prolongé à l'extérieur.

    Le pignon ouest fut démonté et rehaussé ; on peut juger de sa hauteur initiale en comparant l'implantation de la cheminée avec son haussement actuel pour le tirage.

    Le maçon réutilisa les pierres en les retournant, laissant ainsi apparaître les « numéros d'appareil » permettant de les situer par rapport à l'assise et à l'angle du bâtiment. Des ouvertures furent créées ou agrandies.

    La façade sud fut surélevée d'un étage. On peut remarquer la différence de teinte des pierres de chaînage d'angle en trachyte sur le pignon, la patine n'étant pas visible sur les pierres de reconstruction.

    Dans le jardin, deux linteaux cintrés en trachyte provenant des anciennes ouvertures servent d'entourage à une plantation de fleurs ; le linteau en bâtière décoré d'un petit écusson, réemployé sur une fenêtre du pignon ouest, proviendrait du moulin.

    Ce bâtiment est un modèle d'aménagement, regroupant toutes les activités sous un même toit, dans un espace restreint. Il poursuit aujourd'hui sa vocation d'élevage.

     

    Le moulin

    Sur la même rive, un peu plus en amont, se trouvait le moulin qui a donné son nom à l'exploitation agricole dans sa totalité, connue sous le nom de « moulin de Brocq ».

    Ce moulin avait un volume ordinaire pour la région. Son aménagement était classique : une dérivation prise sur le Violon, un grand réservoir ; la roue horizontale entraînait directement la meule située au rez-de-chaussée. 

     

         

    Attention à la topo  nymie ! Le site auquel fait référence
    Claude Chappe-Gauthier est bien "le Moulin de Brocq".  

     


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