• La langue, les us, coutumes, pratiques, croyances, superstitions, contes et légendes... Les traditions orales, autrefois très ancrées dans le Cantal, perdurent encore, pour certaines...

    Le "patois"

    Les plus conservateurs préfèrent parler de "langue occitane" ou de "dialecte auvergnat", car il est vrai que le terme patois peut avoir une connotation péjorative. Il est encore usité dans certains foyers mais l'UNESCO le présente, à juste titre, comme en danger... Mais on peut compter sur le travail de certaines associations (cours d'occitan, veillées contées...), écrivains régionaux (Besson, Mallouet, Bourgeade, Andraud...) et médias locaux (presse écrite, radios...) pour perpétuer cette tradition.

    La radio RBA propose, tous les mardis et dimanches à 19 h, une émission consacrée au patois auvergnat. En voici quelques extraits du mardi 13 septembre 2011 (n'hésitez pas à monter le son au maximum pour une bonne compréhension).

    >> Extrait 1
     >> Extrait 2
     >> Extrait 3
     >> Extrait 4
     >> Extrait 5
     >> Extrait 6
     >> Extrait 7
     >> Extrait 8
     >> Extrait 9
     



    Quelques expressions de base de l'auvergnat, avec la prononciation du pays riomois

    -
    Bonjour : bonjorn (prononcer boundzou)
    - Bienvenue, finissez d'entrer : achaba d'intrar (prononcer atsaba d'in'trar)
    - Ca va / Comment ça va ? : Quò vai ? / Cossi quò vai ? (prononcer kovaï / quiché kovaï) 
    - S'il te plait / S'il vous plait : Se te plai / se vous plai (prononcer chitéplaï / chivouplaï)
    - Excusez-moi : Escusatz-me (prononcer escusa-mi)
    - Pouvez-vous m'aider s'il vous plait ? : Podria m'ajudar se vou plai (prononcer pouria m'adzuda chivouplaï)
    - Où se trouve la boulangerie ? Podria dire me oun dès la boulandjaïro ? (prononcer poudriamé diré oundi la boulandzaïre)
    - L'église : la glèisa
    - Monsieur / Madame : mossur / madame (prononcer mitsou / madame) > familier
    - Merci / merci bien : mercé / mercé ben (prononcer merché / merché bzein)
    - Au revoir : al reveire (prononcer ariveïre)
    - Quelle heure est-il ? : quino ora es ? (prononcer cougn'houra zi ?)
    - A demain : a demo (prononcer ademò)
    - Bonne nuit : bona nuèit (prononcer bouna newou')
    - Finissez d'entrer (entrez donc, = dépassez le pas de la porte !) : a
    chaba d'intrar (prononcer atchaba)
    - Qu'est-ce que c'est ? : Qu'es aqu
    ò ?

    - Le chemin (chemins communaux autrefois utilisés, notamment, pour transporter les animaux) : lou tsareiro (prononcer tsareirou, cf charreire)
    - Le marécage : la sanha 
    - La source : la font
    - Le tilleul : lou telh
    - Le frène : lou fraisse
    - Le hêtre : lou fau
    - Le noisetier : lou vaissa
    - l'aulne : lou vèrnhe
    - la pierre : la pèira


    Paroles de cantalou quelque peu énervé... Elles fonctionnent pour un animal comme pour une personne !

    Puta de bèstia ! : sale bête ! 
    Testadaz ! : tête d'âne, tête de mule, personne têtue 
    Miladiou ! : mille dieux !
    Bon diou ! (prononcer boundiou) : bon dieu ! (bon sang !)
    Le diable dans le cuol ! (prononcer kiou):  le diable dans le c.. !



    Prononciation de l’occitan classique

    Les voyelles
    Le i se prononce comme en français : un nis, de ris.
    Le u se prononce aussi comme en français (et non “ou” comme en espagnol !) : la luna.
    Le a tonique garde la même prononciation qu’en français : un pastre. Il se prononce “o” en majorité, lorsqu’il est en fin de mot (ou suivi d’un s) : una cadièra, una camisa.
    Le è se prononce “ouvert”, tout comme en français : un mantèl, un castèl. En revanche, le e qui ne comporte pas d’accent se prononce “é” : negre, irange.
    Le o se prononce “ou” : un ostau, lo solelh. Mais lorsque ce ò a un accent grave, il reste prononcé “o” : un estilò, un bòsc.

    Les consonnes particulières
    Le groupe de consonne lh se prononce comme dans le français de “escalier” : una fuèlha, una botelha.
    Le groupe de consonnes nh est l’équivalent du “gn” en français : la montanha, una castanha.

     

     

    Les coutumes

    D'après Jacques MALLOUET, Entre Dordogne et Puy Mary. Jacques Mallouet, instituteur, consacra sa retraite à l'écriture d'ouvrages au sujet de la terre sur laquelle il grandit, à Valette.


    Le charivari

    Jadis, à la nuit tombée, certains habitants organisaient un charivari sous les fenêtres d'un veuf qui désirait à nouveau convoler. Le vacarme débutait une semaine avant la date des épousailles, se poursuivant chaque soir. Et tous les instruments étaient bons, tous autant bruyants les uns que les autres : violons et cabrettes certes, mais aussi poêles à frire, trompes fabriquées à partir de cornes de bovin, sifflets, couvercles, vieilles lessiveuses ou encore douiros (composés d'un pot en grès et d'une peau de mouton ; donnant un son s'apparentant au meuglement d'un taureau en colère !)... S'ajoutaient à cette cacophonie des chansons paillardes, des imitations de cris d'animaux et autres clameurs.



    Les reveilhès

    Durant le Carême, les jeunes faisaient la quête d'oeufs frais dans les maisons campagnardes. Comme son nom l'indique, cette quête se pratiquait la nuit, et ses acteurs étaient souvent accompagnés d'un cabrettaire ou violoneux. A l'approche de la porte d'une habitation, l'un chantait : "Réveilhoun, réveillez ! Car voici l'heure. Un Dieu pour nos péchés. Faut bien qu'il meure". Puis sollicitait un don : "A qui nous donnera de bonne grâce, la part du Paradis lui sera faite... Celui qui donnera de mauvaise grâce, tout au fond de l'enfer aura sa place !" Les donateurs avaient droit à un chant, mi-religieux mi-profane. Cette tradition perdure grâce à la volonté des associations locales, comme Les Amis d'Apione (extrait du Réveil cantalien du vendredi 29 avril 2011) :

    C'est le chant des amis d'Apione qui passent pour les Réveillés... "Donnez des oeufs, donnez des oeufs !", et des oeufs, ils en ont récolté de quoi faire une grosse omelette qu'ils vont déguster tous ensemble. Si la tradition des Reveillés est toujours bien vivante en Pays Gentiane, on le doit aux associations qui oeuvrent toute l'année pour que perdure notre patrimoine, les "Amis d'Apione" en faisant partie intégrante. Pendant deux week-ends, sans ménager leur peine, ils sont allés de village en village, de ferme en ferme, aucun hameau n'a été laissé de côté, frappant de porte en porte en chantant la traditionnelle "passion du christ" et criant "cacailloux, cacailloux" ! Il étaient une bonne dizaine, l'accordéoniste en tête avec la joueuse de vielle à roue, et c'est dans le bourg de Collandres que nous les avons rencontrés, devant le café "chez La Marcelle", qui, férue de musique et de danse, hôtesse accueillante comme nous le savons tous, les a fait entrer. Là le spectacle a redoublé, Fifi et Cédric en tenue se sont déchaînés sur une bourrée, les morceaux se sont enchaînés avec "si j'étais cultivateur", "la bourrée de la Gentiane", "la bourrée de Colonge" et tant d'autres. Mais la tournée n'était pas finie, ils sont repartis vers d'autres portes en criant "cacailloux, cacailloux" accompagnés en musique. Et si les "Amis d'Apione" ont pris du plaisir à porter de village en village la traditions des Réveillés, nous avons pris beaucoup de plaisir à les voir danser et chanter sur des airs de chez nous ! 

    >Les réveillés 2012
    Vidéo :
    http://lafeuilleamta.fr/?p=10241
    Ecoutez les chants des réveillez : http://lafeuilleamta.fr/?page_id=10068

    >France Bleu Pays d'Auvergne


    Le mardi-gras

    Chaque année, à l'occasion du mardi-gras, dernier jour du carnaval, un bonhomme de paille était brûlé sur un suc dominant le village. Une pratique qui a été relancée, à Cheylade ou Apchon notamment, mais dans le bourg cette fois-ci. La semaine précédent le "sacrifice", les jeunes passaient dans les fermes demander des bottes de paille entreposées dans les granges, la paille devant recouvrir le squelette, fabriqué à base de frêne. A l'heure du sacrifice, l'on dansait autour du bonhomme de paille, en chantant "Paouré Carnabal ! Tu t'en bas, e leu damoré !" (Pauvre Carnaval ! Tu t'en vas, et moi je reste !)


    La Saint Cochon 

    La Saint-Cochon, comme la mangounhe/mangeouno, fait partie des termes qui évoquent le jour où on tue le cochon, le jour où on tue le « monsieur », le jour où on prépare pâtés, saucissons, jambons… Cette fête traditionnelle rurale française, dont la date est plus ou moins variable, est toujours célébrée dans le Cantal, à titre privé voire public (Festa de la Mangona, à Laroquebrou au mois de mars), et s'accompagne de réjouissances entre voisins. 


    Foires traditionnelles 

    Il existe aujourd'hui encore des marchés importans dans la région de Riom-ès-Montagnes, notamment le grand marché les 2e et 4e mercredi de chaque mois, ainsi que des foires (chevalines et bovines), qui se tiennent à Riom-ès-Montagnes et Trizac. Mais ce n'est rien à côté des foires qui se tenaient vers 1900. A l'époque, on s'échangeait bétail et fromages contre du blé, du vin ou des fruits du "bas pays". A Riom-ès-Montagnes, il y avait la Foire Saint Georges, le 23 avril (avant l'estive), puis la Foire Saint Michel, le 29 septembre (après l'estive), où l'on exportait les bovins notamment vers l'Aveyron, le Poitou et la région toulousaine. La Foire Saint Michel réunissait 10 à 15 000 visiteurs issus du Cantal et des départements voisins ! Trizac était l'autre centre très actif du canton.

    A Marchastel, la Foire de la Loue a été relancée après plusieurs années de sommeil. Articulée autour d'une foire aux ânes, un vide-greniers, un concours de fauchage à l'ancienne, une démonstration de bûcheronnage, un spectacle et le traditionnel feu de la Saint-Jean, cette foire était initialement le point de rendez-vous pour venir se "louer" afin de trouver du travail dans les champs, le temps de la belle saison. La Foire de la Loue se déroule au mois de juin.



    La fête patronale

    La Fête patronale existe toujours, et marque un passage important dans le programme des festivités des communes. Le culte du saint patron de la paroisse est synonyme de liesse, de bien-manger, et est marquée par de nombreuses animations, manèges, stands forains et jeux divers comme le "massacre des toupines". Ce jeu traditionnel consiste à frapper, les yeux bandés, des pots suspendus à des fils de fer. Un coup de bâton bien placé, la toupine se brise, laissant tomber un lapin, un coq ou un canard. Mais on peut aussi recevoir sur la tête de l’eau, de la farine ou un liquide nauséabond… Il y avait aussi "lou virouli", un disque horizontal que l'on lançait à toute vitesse dans le but de remporter un bol, un verre, des bijoux de pacotille... L'ancêtre de la loterie contemporaine !

    Une autre pratique propre aux fêtes patronales était les reinages. Un roi et une reine achetaient aux enchères les emblèmes de leur royauté, soit la mitre soit la crosse du saint de la paroisse. Ils avaient l'honneur de présider la fête, marcher en tête de la procession, d'avoir une place d'honneur à l'église, mais ceci profitait surtout aux curés !



    La veillée 

    Jadis, au fort de l'hiver, quand le gel mordait au long des dures nuits étoilées, ou quand le ciel bas déversait sur la campagne un insidieux amoncellement neigeux, « l'oustaou » – la maison auvergnate – vivait intensément.

    Dès le crépuscule tombé et les soins aux animaux terminés, la tempête pouvait hurler dans les bois, l'écir danser sa folle sarabande sur la lande : le logis tiède était un refuge confortable et paisible. Un peu déserté pendant les travaux d'été, il avait vu revenir à lui toute l'animation des champs. Alors, cinq mois durant, de la Toussaint au temps pascal, la veillée régnait...

    La veillée était une solennité. Elle avait pour décor l'unique pièce de la chaumière, qui servait à la fois de salle à manger, avec sa massive table de frêne flanquée de deux bancs sans dossier, et de chambre à coucher, avec ses lits-placard précédés d'un marche-banc, secrets derrière leurs rideaux d'indienne. Mais la cérémonie intime déroulait ses rites dans le « cantou », âme de la maison.

    Les gens des villes vous diront que le cantou, c'était le coin de l'âtre. C'était bien autre chose ! Le cantou était une ambiance, une intimité, un art de vivre. Il permettait d'apprécier le quotidien, sans fébrilité. Il sentait le passée, la vieille cendre. Y flottaient la sagesse et toute la philosophie narquoise de nos aïeux. Les initiés seuls étaient admis. En voulez-vous la preuve ?

    Lorsqu'un étranger – entez un non-familier, et pas nécessairement un inconnu – avait franchi le seuil de la pièce, il n'était pas encore entré dans la maison. L'usage voulait qu'il demeurât immobile jusqu'à ce que l'hôte lui ait dit :

     

    • Achabas d'intrar !

     

    Cette invite signifiait que le visiteur pouvait s'avancer et avait l'insigne honneur de prendre place à côté du maître de céans, près du feu. Oui, le cantou était aussi une hospitalité, d'apparence bourrue, mais chaude et profonde. En somme, la salle commune n'était que le vestibule de la maison, analogue au narthex des basiliques romanes. Le canton en était le sanctuaire. Là se passaient les veillées...

    Le génie de se sanctuaire était le feu de bois, flambant pendant le jour pour aider aux travaux domestiques, couvant sous la cendre, dès la fin de la veillée, tout au long des nuits hivernales. Flammes, claires, ivres de vie, ou tisons agonisants ne jetant qu'une avare lueur, le feu était une présence amie, un compagnon, un protecteur. Il ne s'éteignait jamais.

    Pendant les tristes mois de claustration des hivers, nos ancêtres avaient tant contemplé ses flammes qu'ils entendaient les langages du feu. Si une petite langue bleue s'échappait de la bûche en sifflant, c'était signe de vent. En observant sa direction, on connaissait celle de l'aquilon ou de la brise du lendemain et des jours suivants. Si le bois pétait, dégageant des myriades d'étincelles, il importait de calfeutrait les soupiraux de l'étable et de préparer sa pelisse : la gelée serait ride. Si les flammes peinaient pour s'élever, si la fumée stagnait dans le conduit, répandant une odeur d'humus et de mousse du sous-bois, une longue période de pluies et de frimas s'annonçait. Par contre, la cheminée sentait-elle la suie ? La canicule s'installait à coup sur.

    Qu'était-ce, une veillée ? Avant toute, une réunion d'amis. Ils arrivaient, après avoir affronté les épouvantes de la nuit auvergnate, les loups-garous et les feux follets. Ils venaient « passer un moment » au cantou.

    Une veillée cantalienne, c'était « se carrar » et « batalhar ». « Se carrar » signifie être bien, se sentir à l'aise, dans la complète détente du corps et la sérénité de l'esprit. C'est aussi être en harmonie avec ses amis, dans une ambiance sympathique, sans affectation. En un mot comme en quatre : se retrouver chez soi. Quant à « batalhar », c'est deviser et non discourir, porter un jugement et non calomnier, plaisanter et non persifler, et surtout, conter, avec art. Le « batalhaïre » était l'animateur recherché de ces réunions. Grâce à lui, un ululement de hibou entendu un soir d'automne n'était pas le cri de l'oiseau en chasse, mais les vociférations dru démon acharné contre l'âme d'un enfant mort sans baptême. Alors, l'imagination des assistants enfantait ces légendes où erraient les esprits du purgatoire, auxquels Dieu a ordonné de parcourir un certain chemin, poursuivis par une meute de chiens hurlants. Le cantou se peuplait d'être surnaturels. Un silence inquiétant tombait...

    Et puis, on parlait de tout et de rien, des menus faits quotidiens, des choses d'autrefois et d'hier, des cours de la dernière foire et des récoltes de l'été, des origines de telle propriété, des brouilles et des chicanes villageoises, pour l'eau du ruisseau ou le bornage d'un communal. Et des sornettes et des galéjades à n'en plus finir ! Tous les sujets étaient abordés, malgré la présence des jeunes enfants : la langue d'oc offre tant te nuances et de demi-teintes que, même dans un sujet scabreux, on ne peut être ni grossier, ni obscène !

    La conversation n'empêchait pas les activités manuelles. Les femmes filaient à la quenouille, tricotaient des chaussettes sur une armature de quatre aiguilles disposées en carré, confectionnaient au crochet d'épais tricots de laine rousse.

    Les hommes fabriquaient des paniers en aubier de noisetier, des corbeilles oblongues qui contiendraient indifféremment les draps de la lessive ou les entrailles fumantes du porc. Certains polissaient un manche d'outil ou guillochaient une canne, d'autres torsadaient la paille de seigne pour bâtir « un palha », utilisé comme récipient pour laisser lever la pâte du pain ou vannier le blé. Un peu à l'écart, des jeunes fourbissaient un piège à renard, ou montaient des lacets en fil de laiton. Ils jouaient parfois à la manille, ou à une espèce de poker simplifié, connu sous le nom de « lo bourro ».

    Le temps passait-il ? Caché dans une rainure de l'âtre, le grillon avait stridulé les secondes dans que nul ne s'en fût aperçu. Le son fêlé de la vieille pendule battant minuit surprenait toujours les veilleurs.

    En un instant, la table était dressée. Pain et fromage surgissaient du tiroir, jambon rose et saucisson fumé à point étaient décrochés de ma maîtresse poutre. Quand arrivaient les châtaignes, grillées dans une « padello » perforée, ce repas complet parfumé d'un litre de vin rouge avais mis la compagnie en liesse. Il suffisait alors qu'un jeune fredonnât une air : naturellement, la bourrée éclatait, animée par le cabretaïre, l'accordéoneux ou le violonaïre plus au nord. Mais peu importait qu'on n'eût aucun instrument pour marquer le rythme : parfois la voix suffisait, les figures se formaient. C'était la fête !

    >> Vidéo d'une veillée familiale à Apchon (Archives départementales du Cantal)

     

    Musiques et danses traditionnelles

    Les instruments les plus typiques sont la cabrette, le violon ou bien l'accordéon diatonique. Les danses pratiquées sont la bourrée, mais aussi des danses plus récentes comme la valse ou le scottish. A Riom-ès-Montagnes et dans les communes environnantes, lors des fêtes patronales ou lors des fêtes de terroir, deux formations font honneur à cette tradition musicale : les Ariomdoux et les Amis d'Apione. On les retrouve notamment pendant la Fête de la Gentiane et la Fête du Bleu d'Auvergne, vêtus de la tenue traditionnelle auvergnate.

    >> Ecouter un extrait musical
     >> Les Amis d'Apione en vidéo (dailymotion.fr)
     >> Les Ariomdoux poussent la chansonnette (youtube.fr)

     

    La Fête de la Rosière

    Dans les dictionnaires, on définit la rosière comme "une jeune fille qu'on récompense pour sa réputation vertueuse". Instituée d'après la légende par Saint Médard au cours du Ve siècle, la Fête de la Rosière est perpétuée dans plusieurs communes françaises. Elle consiste en la remise d'une couronne de roses à une jeune fille dont la conduite irréprochable, la vertu, la piété et la modestie aura marqué le village.

    A Riom, cette coutume fêtera ses 90 ans en 2013. La tradition de la Rosière perpétrée dans la cité cantalienne depuis 1923 est née de la volonté d'une riomoise. Cette riomoise, c'est Elizabeth Espinasse qui, par voie testamentaire, léguait le 15 juillet 1903 à la commune de Riom-ès-Montagnes "une rente de 3 % perpétuelle de 500 francs". Dans son testament, elle stipulait les conditions requises pour devenir une rosière : "la rosière doit être une jeune fille âgée de 18 ans à 25 ans, qui s'en sera rendu digne par sa bonne conduite, le bon exemple qu'elle aura donné et les soins affectueux et dévoués qu'elle aura témoigné envers ses pères et mères ou les membres de sa famille" (archives du Pays de Riom-ès-Montagnes). Une commission composée du Maire de Riom-ès-Montagnes, du curé de la paroisse et du trésorier de la fabrique de la dite paroisse est chargée d'élire la rosière. La première Rosière honorée fut Henriette Dumas en septembre 1923.

     

     

    Elizabeth Espinasse, l'instigatrice

    de la Fête de la Rosière à Riom-ès-Montagnes

     

    Le dimanche matin, les élus de la commune accompagnés de la fanfare municipale se dirigent vers le lieu d'habitation de la future Rosière, où se forme le début du cortège. S'ensuit la messe (10 h) puis le défilé de la Rosière à travers la ville. En fin de matinée, sur le perron de l'hôtel de ville, le maire fait l'éloge de la jeune fille et termine son discours en la déclarant Rosière de l'année. Une couronne de roses blanches lui est alors posée sur la tête, suscitant les applaudissements des spectateurs.

    Si depuis, la tradition a évolué, l'esprit demeure. En effet, le fait d'être choisie comme Rosière représente toujours un grand honneur. Le défilé avec les demoiselles d'honneur est le moment phare de cette fête mais depuis quelques années, il est accompagné d'animations musicales et chorégraphiques (1), tout au long du week-end. Ainsi, la Rosière tend à symboliser un peu plus la jeunesse et le dynamisme riomois et le rendez-vous a été rebaptisé "Fête de la Rosière et de la jeunesse".

     

     

    (1) Le groupe folklorique Les Ariomdoux, qui transmet un autre patrimoine, celui des danses et musiques régionales, est bien évidemment convié aux festivités.

     

     

    Contes et légendes

    Particulièrement riches, elles offrent une grande variété de personnages : sorcier(e)s, spectres, serpents, fées, loups et loups-garous (ou galipotes) ou encore le diable (ou drac), qui prend souvent l'apparence d'animaux, de chevaliers ou de seigneurs. Surtout, même si ce ne sont que des légendes, elles nous éclairent toujours sur l'histoire, la place de la religion, les croyances d'autrefois.

    Laissez-vous conter en occitan la légende de Rocherousse.
    >> Ecouter Didier Huguet

    Ce récit du pays de Marcenat ressemble à une histoire que quelques habitants de Collandres connaissent, la légende de l'Oùpilheiro. Nous sommes au Moyen-Age. L'Oùpilheiro, dont il subsiste encore quelques ruines (au nord d'Espinasse), est un village heureux car les épidémies l'ont toujours épargné. Un jour, un jeune et fringant cavalier arrive au village et, s'apercevant que celui-ci grouille de serpents, propose aux habitants de s'en débarasser en attirant les "bobas" dans le four du village à l'aide de jarres de lait. Les serpents accourent et, dans un grésillement de chair, périssent dans le feu. Le nombre de reptiles s'amoindrit. Soudain, un dernier serpent, énorme, apparaît et, arrivé à la gueule du four, gonfle son col et prononce ces mots : "Malheur à vous, habitants de l'Oùpilhèiro ! Avant de rejoindre mes frères, je vous prédis de grandes infortunes. Si votre village était à l'abri des épidémies, c'est à nous, serpents, qu'il le devait. Nous avions le privilège d'arrêter les contagions. Maintenant que nous ne sommes plus là, les pires fléaux, des calamités terribles, vont fondre sur vous." Il a encore ces paroles énigmatiques : "Aieu ! Lo darrièro ! A ieu ! L'Oùpilhèiro ! » (A moi ! La dernière ! A moi ! L'Oùpilhère !). La suite, vous la devinez... Les prédictions étaient bonnes, et tout le village (animaux y compris) succomba à la terrible épidémie de peste.

    La femme louve d'Apchon. A la fin du XVIe siècle, un chasseur promit à son ami gentilhomme de lui ramener du gibier. Parti à la quête d'un animal, il tomba nez-à-nez avec un loup qui venait à sa rencontre. La lutte s'engagea et il coupa la patte droite du loup mais celui-ci parvint à s'échapper, bien qu'estropié. Le chasseur rapporta la patte à son ami mais en ouvrant la gibecière, ce n'est pas une patte mais une main de femme avec un anneau qu'il aperçut. Le gentilhomme reconnut aussitôt l'anneau : c'était celui de sa femme. Il alla questionner celle-ci, qui, auprès du feu, cachait son bras droit sous un châle. La malheureuse avoua qu'elle avait poursuivi le chasseur sous la forme d'un loup-garou, fut condamnée et brûlée.

    Le cabrettaire et le loup. Un musicien revenant de Dienne où il avait joué un bal, traversait le plateau du Limon. Tout à coup, il s'aperçut qu'il était suivi... par un loup ! Les loups étant effrayés par la musique, il s'immiscea dans le bédélat d'un buron puis attendut sagement l'animal. Quand celui-ci s'introduit dans la pièce, il ferma la porte en la poussant du pied. Puis se mit à jouer de la cabrette. Le loup en l'entendant eut une peur terrible, une telle peur qu'il se tapait la tête sur tous les murs du buron si bien qu'à la fin il s'assomma. Finalement, notre musicien put reprendre la route vers Cheylade.

    Un événement paranormal à La Morel. La Morel est un hameau situé entre Riom-ès-Montagnes et Collandres. On y parle encore des revenants qui agitaient les chaînes, dans les greniers, à l’époque de la pleine lune, et aussi de cet événement énigmatique survenu au siècle dernier. Une nuit, un paysan du lieu entendit les boeufs « s’abriougàr » (meugler de terreur) dans l’étable. Pensez à la stupeur quand il découvrit… deux vaches liées au même licol, la langue pendante, mortes étouffées ! Un méfait du drac, forcément !

    La Tombe de l'Anglais. Voici un récit très prenant de la vallée de la Petite Rhue. Il a été traduit en bande dessinée par le dessinateur de bande dessinée cheyladais, Callixte.
    >> Consulter l'histoire

    Les fées du lac de Menet. Il y a fort longtemps, sous le Puy de Menoyre, sur le versant arrosé par le lac de Menet, existait une grotte. Dans cette grotte vivaient paisiblement quelques fées. La légende raconte qu'un jour, une bergère osa les déranger. Les créatures, en colère, se jetèrent sur elle... Malgré de longues recherches de la part des habitants de Menet, on ne retrouva jamais la bergère.

    La Croix de la Pagis. Autrefois, le voyageur qui passait, de nuit, à la Croix de la Pagis (Riom-ès-Montagnes), entendait des gémissements, des plaintes d'enfants, semblant monter des entrailles de la terre. Presque toujours pris de peur, il s'éloignait en toute hâte. Mais si, plus courageux, il s'arrêtait, prêtait l'oreille, au milieu des sanglots, il démêlait des voix jeunes qui suppliaient "
    Moun piri, moun piri" (mon parrain, mon parrain !) Un jour, un passant curieux, après être resté sans voix pendant plusieurs minutes, répondit brusquement "Piri di toutis !
    " (Parrain de tous !) : les gémissements céssèrent, le piédestal de la croix laissa s'échapper deux enfants. L'homme alla puiser de l'eau au fossé voisin puis baptisa les deux enfants. Voyant que personne parmi ses amis ne croyait ce qui lui était arrivé, il invita ses compagnons à se rendre auprès de la croix pour y trouver des traces de l'événement nocturne. Stupéfaction, les deux enfants dormaient d'un sommeil heureux, souriants, calmes et apaisés. Mais il n'y avait plus là que leurs froides dépouilles, leurs âmes régénérées par la grâce, après des siècles d'attente, s'étaient hâtées de prendre leur essor vers le Paradis ! Des histoires comme celles-ci, des récits d'esprits délivrés, d'enfants morts sans baptème, le territoire en regorge, ce qui prouve que légendes et religion étaient intimement liées il y a encore quelques dizaines d'années. 

    Le Trésor des Routisses. Aux Routisses, plus ancien quartier de Riom-ès-Montagnes, sur les pentes raides qui descendent de Giou et de Rignac, la tradition parle d'un trésor enfoui dans un souterrain muré au milieu des ruines, à proximité de la fontaine Saint Georges, et dont le gardien est un féroce serpent reconnaissable à l'anneau d'or dont il est entouré.

    La Font Sainte. Accompagnant les pâtres en procession dans la vallée comme dans les hauts-pâturages, la « Vierge des Bergers » a fait la légende de la Font-Sainte. On raconte qu'un jour, la Vierge frappa la pierre de ses doigts, faisant jaillir par trois endroits une fontaine d'eau limpide. Ainsi naquit la Font-Sainte, source abondante et fraîche « qui jamais mal ne fit et qui souvent guérit ! ».

    Mais connaissez-vous l'origine du Sanctuaire de la Font Sainte ? Vers 1740, suivant son habitude, Marie Galvain, paysanne de Rastoul, faisait son pèlerinage à la Font Sainte. Elle se tenait à genoux auprès de la fontaine et faisait ses prières, lorsque tout à coup elle aperçut la Très-Sainte Vierge, sous la forme d'une grande dame, richement vêtue. Elle avait un air de majesté céleste qui inspirait la confiance et l'amour. La pauvre paysanne, comme on peut bien le penser, fut saisie d'un tremblement, et cette vision fit sur elle une impression si profonde, qu'elle ne pouvait ensuite en parler sans verser des larmes. Cependant la Sainte Vierge s'était mise à parler et elle disait ceci : « Marie j'étais bien plus honorée sur cette montagne autrefois qu'aujourd'hui. Mon oratoire n'existe plus et plusieurs de mes enfants oublient leur mère parce qu'ils ne voient plus mon sanctuaire. Il faut, ma fille, que vous fassiez rebâtir ce petit oratoire. Je vous ai choisie pour cette bonne oeuvre. Vous le ferez reconstruire sur le fontaine et vous direz que je veux même que, plus tard, on m'élève une chapelle au-dessus de ce lieu, à droite, sur la plaine, à l'endroit où vous trouverez une pierre marquée d'un signe. Cette pierre est actuellement placée devant la porte de la chapelle et ce signe indiqué par la Sainte Vierge serait, dit la légende, l'empreinte de ses pieds. Marie Galvain alla voir l'évêque de Clermont, Monseigneur Massillon, qui lui donna l'autorisation de recueillir des offrandes qui permirent de construire la niche puis l'oratoire en 1743/1744. On y plaça une statue de la Vierge présentant son fils, statue cachée chez un habitant de Saint-Hippolyte durant la Révolution. C'est en 1835 que commença la construction d'une première chapelle, elle fut bénie le 8 septembre 1837. Le pèlerinage de la Font-Sainte devint alors l'un des sanctuaires les plus visités du diocèse.

     

    Le Paysan et la Sorcière. Cotteughes fut jadis habité par des fées ; obligées de l'abandonner sans qu'on puisse savoir bien pourquoi, elles y ont laissé des trésors immenses qu'elles viennent rechercher au milieu de ses débris. Il y a quelques années, un montagnard, égaré dans la foret, se trouva tout-à-coup en présence d'une petite vieille, toute décrépite, qui traînait à grand'peine une énorme marmite de bronze, sans doute remplie d'or, et qui disparut dès qu'elle l'aperçut. On sait même où gisent ces trésors et les conditions auxquelles il serait possible de les trouver. Dans la foret est une vaste dalle portant un anneau de bronze : elle recouvre l'entrée du souterrain où il sont enfouis ; mais elle est cachée avec soin sous des pierres et des broussailles, et il n'est donné de la découvrir que le jeudi saint ou le dimanche de Pâques, pendant la célébration des offices.

    Les Cinq Chemins de Valette. Entre le bourg de Valette et le hameau de Marcombes, les Cinq Chemins alimentèrent de nombreux récits. Des créatures diverses habitaient chacun des "tsarreiros" : géants, sorcières, naiades, loup-garou, fées. Tout ce petit monde se réunissait lors des soirs de pleine lune...


    Voir aussi (pays-gentiane.com) :
    >> 
    l'inventaire des contes et légendes du Pays Gentiane 
    >>
    livret "contes et légendes du Pays Gentiane"

     

    Sources : Jacques MALLOUET, Entre Dordogne et Puy Mary / Jean-Baptiste DERIBIER DU CHATELET, Dictionnaire statistique du département du Cantal / Antoine TRIN / M. BLANC / Paulin MALGA / Odette LAPEYRE / Syndicat d'initiative de la vallée de Cheylade / Collège nationalisé mixte de Riom-ès-Montagnes, Au bord des puys / Mathias DE GIRALDO, Histoire curieuse et pittoresque des sorciers, devins, magiciens, astrologues / COMBES, Manuel du pèlerin de la Font Sainte


    A propos... Les personnages légendaires dans l'art religieux


    Certains personnages, souvent inspirés de la Mythologie, apparaissent dans les églises du pays de Riom-ès-Montagnes. Les sauroctones (tueurs de dragons : Saint Georges, Saint Michel...) apparaissent sur un vitrail et une statue en bois de l'église Saint Georges de Riom-ès-Montagnes (Saint Michel terrassant le dragon, photo), puis sur les sculptures des églises Saint-Etienne de Saint-Amandin et Saint-Pierre de Menet. Ils symbolisent la lutte entre le bien et le mal. 
     

    Autres personnages, la sirène bicaudale (Riom-ès-Montagnes, Trizac, Menet, Saint-Amandin), traduisez à deux têtes; le basilic (serpent); l'oiseau à deux têtes; la Gorgone, femme à chevelure de serpents (église Saint-Léger de Cheylade). Tout comme le serpent, le diable est constamment représenté, notamment à l'église Saint-Martin de Collandres.
     

    Sources
    http://enpaysgentiane.kazeo.com/escapades/circuit-des-eglises-romanes,a738340.html
    http://lepoignardsubtil.hautetfort.com/tag/Valrhue


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