• Les sources isolées du pays riomois

    La Font Salée (Apchon), une source d'eau minérale à Cheylade, les fouées : on n'y prête pas toujours attention, ce sont pourtant des lieux chargés d'histoire et qui ont suscité de nombreuses croyances au cours des derniers siècles. Pour les anciens, le débit d'une source annonçait la météo de la saison à venir (prévision d'une canicule ou d'un été humide...), tandis que beaucoup se rendaient en procession "à la font", dans l'espoir d'éviter une sécheresse. On prêtait également à l'eau de nombreuses vertus curatives... 

     

    La Font Salée (Apchon)

    La source de la Font Salée, nichée au creux de la commune d'Apchon, a un débit faible mais une curieuse histoire. Peu minéralisée et au goût neutre, elle porte donc mal son nom ! Toutefois, Deribier du Chatelet lui prêta des vertus inattendues pour les prsonnes souffrant "d'embarras gastriques" et de "pâles couleurs". A la fin du XIXe siècle, Emise Pigot, un restaurateur parisien, entreprit de la commercialiser sous le nom d'eau Saint-Eloy. Il eut l'autorisation requise en mai 1898. Mais l'exploitation n'était pas simple, car la source n'est accessible que par un chemin escarpé. Aussi, à peine l'eau recueillie et embouteillée, des ânes remontaient les caisses vers des lieux plus faciles d'accès où pouvaient partir les livraisons. Ce commerce cessa à l'orée de la première guerre mondiale et l'autorisation d'exploitation fut retirée en 1952, en raison de l'accès contraignant, de l'altitude, et aussi du faible débit de la source : 1,3 L à la minute environ. Aujourd'hui, la source et son bassin ont été restaurés et l'eau qui jaillit garde, sans nul doute, ses propriétés. Un sentier de randonnée a été crée il y a quelques années au départ du bourg d'Apchon et permet d'accéder à la source.

     

    La source d'eau minérale du Pont de la Roche (Cheylade)

    Située entre le Pont de la Roche et Fouilloux, on dit qu'elle guérit les maux d'estomac, l'anémie et la chlorose.

     

    Les fouées

    Le mot "fouée" vient en fait du dialecte auvergnat (on prononce "foua" dans la région de Riom-ès-Montagnes). Une fouée est une source aménagée qui permettait autrefois de s'alimenter en eau. Il existe plusieurs dizaines de fouées autour de Riom-ès-Montagnes. La plupart du temps, elles sont relativement isolées et particulièrement discrètes. Ci-dessus, la fouée de Janneton (Montagnac de Saint-Amandin).

     

     

    Sources (sans aucun jeu de mot !)

    Daniel Brugès in Les Mystères du Cantal (2010)
    Auguste de Chazelles

    http://saintamandin.e-monsite.com/pages/montagnac/promenade-a-montagnac.html

    Office de tourisme du Pays Gentiane


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  • Mystérieuses grottes du pays riomois... 

    Les cavités du pays de Riom-ès-Montagnes sont localisées sur des formations volcaniques. Cette carte éditée par le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) en 2006 montre bien que la région de Riom-ès-Montagnes repose essentiellement sur un sol de roches volcaniques, de par sa proximité avec les monts du Cantal. 

     

     

    Nous ne parlerons pas ici des souterrains et galeries qui ont souvent alimenté moultes légendes, la liaison entre châteaux ayant souvent été évoquée. Seules les cavités, qu'elle soient naturelles ou creusées par l'homme, nous intéressent.

    La carrière souterraine du suc de Rome, à l'ouest de La Bade (Collandres), résulte de l'exploitation et de la recherche de diatomite, une roche sédimentaire silicieuse, par l'usine CECA de Riom-ès-Montagnes. Celle-ci a fermé cette carrière, se tournant vers d'autres sites plus accessibles, toujours dans le département, et notamment au nord de Riom-ès-Montagnes, à La Cousty.

    Photo aiko

     

    A quelques hectomètres, la grotte de La Bade, parfois appelée grotte des Fées, a également été explorée par la CECA (on s'en rend compte une fois sur place, la grotte possédant une double entrée). Ouverte sur la vallée de la Véronne, elle se présente sous la forme d'un abri sous roche et selon la tradition orale, Saint Martin y aurait séjourné. Toujours est-il qu'elle a bien été habitée et ce depuis des siècles puisque les archéologues y ont retrouvé poteries et fragments de statuettes en terre blanche gallo-romaines. La grotte de La Bade est accessible au détour du sentier "de la Roche Dorée". Elle mesure environ une quinzaine de mètres de profondeur sur sa partie la plus importante. Ci-dessous la localisation de la grotte (carré vert).

     

      

     

    A Cheylade, et plus précisément à proximité du château du Caire existe une grotte profonde taillée dans le conglomérat, la "grotte de la Caze". Des écrits parlent également de grottes au Puy de la Tourte, sur les hauteurs du Claux, mais elles ont été condamnées.

    Aux confins du Pays Gentiane et de l'Artense, dans les gorges de la Rhue, la grotte des Faux-Monnayeurs a, comme son nom l'indique, servi de refuge à un commerce pas vraiment légal... La grotte, matérialisée sur les cartes IGN, se trouve sur les hauteurs de la route de Champs-sur-Tarentaine. Elle est un lieu apprécié des chauves-souris.

    Dans les rochers chaotiques qui forment les Gorges de la Rhue, une grotte a servi d'asile au cours du XVIIIe siècle, à une bande de faux monnayeurs qui avait pour chef, un certain Chabrier surnommé L'Estandart. Les gredins frappaient de faux écus de six livres, qu'ils écoulaient dans les commerces de la région, ce qui leur permettait de faire ripaille à lueur des torches. Un jour, ils achetèrent un veau à un paysan du coin. Ce dernier, soupçonneux comme un artensier, trouva que les écus sonnaient faux et porta plainte. La troupe de l 'Estandart fut alors surveillée de prés par la Maréchaussée Royale, laquelle surpris un complice en flagrant délit lors d'une foire de Condat. Le repaire fut pris d'assaut, les brigants condamnés aux galères, leur chef pendu haut et court (la justice ne badinait pas en ce temps là). C'est pourquoi, le pont qui enjambe la Rhue vers Coindre, porte le nom de "Pont des Faux Monnayeurs", pour perpétuer le souvenir des faussaires...

     

    Toutes ces grottes ont donc en commun d'avoir été créées par le volcan. Ne vous attendez pas à y voir des stalactites et autres stalagmites. Ce sont toutes des cavités et abris sous roche.

     

    Sources

    brgm.fr

    http://www.tremouille.fr/legende-artense-tremouille.htm 

    Publications de la Commission des Souterrains et Excavations Artificielles de France - Volume 16 - 1919 (http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1919_num_16_1_7767)


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  • Il est de ces engins qu’on ne fait plus. Et empruntait une voie dont il est peu probable qu’on y recircule un jour. L'autorail X2403, sur la mythique grande transversale de Lyon-Bordeaux. Samedi 29 février, l'association des Chemins de fer de la Haute Auvergne remet sur les rails du réseau SNCF ce train, pour proposer un voyage hors du temps ralliant Clermont-Ferrand à Ussel, à travers le Puy-de-Dôme, le Cantal et la Corrèze.

    > Lire l'article sur le site internet du quotidien La Montagne


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  • Art roman en Pays Gentiane

    Attendez avant d'entrer !

     

     

     

    Au XIIe siècle, il existe dans la région de Mauriac une véritable industrie de l’église romane, destinée à remplacer des édifices très fragiles, sans doute construits en pierre et en bois. Les églises en Pays Gentiane ont souvent été façonnées par les mêmes mains, d’où parfois d’étranges similitudes d’un lieu de culte à un autre. Imaginons un nombre incroyable d’artisans, de tailleurs, de sculpteurs, ouvriers de carrières, ou encore charpentiers travaillant à ces chantiers.

    Bien qu'elles se distinguent par leur simplicité, les églises du Pays Gentiane présentent souvent de multiples détails qu'il est difficile d'observer à l'oeil nu. Intéressons-nous ici aux multiples détails extérieurs de ces édifices religieux. Attention aux cervicales !

    L'église Saint-Georges de Riom-ès-Montagnes possède un ensemble de modillons sculptés qui reprennent des thèmes variés : païens, symboliques ou chrétiens (voir photo).

    A Saint-Etienne-de-Chomeil, l'église Saint-Etienne-et-Saint-Clair présente des décorations extérieures très parlantes pour le visiteur avec un sagittaire et deux têtes mystérieuses de monstres dont l'une montre une langue démesurée.

    L'église de Saint-Hippolyte est décorée par des modillons sculptés figurés tandis que la chapelle de la Font Sainte, haut lieu de pèlerinage depuis le XVIIIe siècle, est ornée de modillons représentant gueules de vaches et visages humains.

        

     

    L'église Saint Pierre de Menet présente des thématiques reprises dans les églises du Pays Gentiane (Saint-Georges de Riom-ès-Montagnes, Saint-Beauzire de Trizac...), notamment la sirène bi-caudale (à deux têtes), très discrètement incrustée au-dessus de l'entrée.

     

     

        

     

     

    Plus à l'est, à Saint-Amandin. les voussures du portail de l'église Saint-Etienne décrivent une tête hurlante, le combat d’un homme et d’un dragon à tête de singe – thème repris à Menet et Riom-ès-Montagnes. Dans le tympan de ce portail, deux écus montrent les armes des familles d’Estaing et de Murol. En entrant, sur l’un des chapiteaux, à droite, on retrouve la sirène bicaudale ou encore le singe cordé surmonté des serpents.

    Enfin, à Collandres, le narthex (sas d'entrée à l'église) est particulier : le sol est constitué d'un assemblement de pierres et au pied à droite de l'entrée, une structure en fer permettait d’ôter la terre de ses sabots. L'église Saint Martin se distingue aussi par sa corniche extérieure, dont les modillons sont riches en évocations : ornés de têtes ou simplement moulurés, ils décrivent une chèvre, un diable, un penseur se grattant le menton, un atlante.

    Bref, si les édifices religieux du pays riomois sont tous dignes d'intérêt, il faut non seulement observer leur architecture intérieure mais aussi s'attarder sur leurs sculptures extérieures, qui sont d'une grande discrétion. N'ayez pas peur d'être curieux !


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  • Les villages désertés du plateau de Collandres

    Collandres. Lorsqu'on se promène sur ce grand plateau qui s'étend à l'ouest de la vallée de la Véronne, à environ 1 000 mètres d'altitude, on est d'abord conquis par le calme ambiant puis par la beauté du paysage, qui offre un point de vue imprenable sur le suc de Rond au sud, le puy de Sancy au nord ou le Cézallier à l'est. On devine également la silhouette de burons qui ont résisté au temps. A la belle saison, quelques cloches résonnent tandis que les gentianes jaunes opèrent un léger balancier favorisé par la petite bise locale. On resterait allongé des heures, à contempler l'horizon.

    Pourtant, l'esthétique des paysages n'est pas le seul atout de cette planèze. En effet, en cheminant le long des ruisseaux et de ces étroits chemins creusés par les vaches, on est surpris de passer à proximité de vestiges d'habitation. Parfois, ce sont des burons tombés en ruine. Mais d'autres fois, ce sont des vestiges de villages désertés, des ruines de bâtiments médiévaux (IXe – début XVIe). Une étude réalisée dans les années 1980 a analysé le plan et les éléments constitutifs des villages, la typologie de leurs bâtiments, puis les a replacé dans le paysage : choix de leur implantation, parcellaire, réseau des chemins, place de la forêt, activités économiques et hydraulique. Ce document est aujourd'hui consultable sur le site Persee est constitue un véritable trésor pour les passionnés d'archéologie.

    Cette carte du plateau de Collandres recense les villages désertés qui ont été mis au jour (cercle). Les traits gras représentent les deux principaux axes de communication. Les doubles traits matérialisent la route actuelle qui relie le bourg de Collandres à ceux de Valette et Trizac (est-ouest). Les doubles traits orientés sud-nord accompagnés de flèches sont la représentation des principaux cours d'eau et de leur sens d'écoulement : le Cheylat, la Sumène, le Gour. On distingue également le nom des parcelles.

     

     

    Dans l'étude dont il est question, on apprend que les fermes d'Espinasse, de la Chatonnière ou des Jaleines sont citées dans des textes remontant respectivement au IXe, XIIIe et XVe siècles. Les villages étudiés se présentent sous deux formes, ce qui a des répercussions sur la vie sociale : les uns sont blottis autour d'une place, le couderc (Les Jaleines, Le Clau de Plume), les autres sont construits de manière un peu plus anarchique (Chardonnel, Cournil voire Espinasse). Au Clau de Plume, on distingue bien le couderc : tous les chemins y convergent, et il comprend une source et un four à pain. A Espinasse, pas de source, mais la proximité d'un ruisseau alimente le village en eau.  

    Si on observe les vestiges de plus près, on observe que trois types de bâtiment apparaissent : des maisons bloc "à terre" (qui n'ont pas d'étage), où cohabitent parfois hommes et bétail; des maisons bloc "en hauteur" (qui laissent supposer l'existance d'un étage) et des maisons dissociées formant un "L". La plupart des bâtiment ont en commun d'être semi-enterrés, certains sont même très profonds. On s'en rend clairement compte lorsqu'on y pénètre.  

    Les fouilles ont également mis au jour deux ouvrages particuliers, aux Jaleines et à Cournil. Ouvrages relativement isolés, dominant le village et entourés d'un fossé. Alors, maison forte, résidence d'un personnage important ? Tour de guêt ? Difficile de trancher en l'absence de textes historiques appuyant l'une des deux hypothèses...  

    Sur un plan topographique, les villages se situent essentiellement sur les sommets et éperons rocheux. Il y a plusieurs raisons à cela : d'abord la salubrité, le plateau étant humide et parfois même marécageux; et la possibilité de surveiller les champs, jardins, animaux et de voir arriver les prédateurs. Le Clau de Plume, Cournil et une partie des Jaleines font exception à la règle et se trouvent sur des zones planes.  

    Par ailleurs, certains éléments laissent penser que des activités agricoles, de jardinage et d'élevage ont été pratiquées dans ces villages. Aujourd'hui encore, on peut aussi remarquer à l'oeil nu que des parcelles pourtant voisines ne présentent pas toujours la même flore. Le type de culture a pu l'entraîner. La présence de canaux, fossés d'irrigation, étangs ou moulins à eau servant à moudre les céréales montrent que l'eau a permis de nombreux aménagements, ce qui met en évidence une organisation sans faille et une parfaite maîtrise de l'environnement.  

    Concernant les problématiques de déplacement, le plateau était traversé par deux axes principaux (voir rubrique Histoire et traditions) qu'on a coutume d'appeler la "route de la Reine Blanche" (ou route du sel), qui reliait notamment Collandres à l'est à Trizac à l'ouest; et le "chemin de Rignac" (du nord au sud). Les pavés retrouvés lors des sondages, quadrangulaires et mesurant une vingtaine de centimètres de côté, en témoignent. 

    Comme l'observe l'étude, l'occupation agro-pastorale de la planèze semble s'interrompre au début du XVIe siècle, au profit d'une activité d'élevage extensif. Ce mouvement a été suffisamment important pour supplanter toute l'ancienne économie, les anciens cadres d'exploitation et tout habitat permanent sur ces hautes terres. Les villages sont définitivement désertés, seul persiste un peuplement saisonnier, et les pâtures recouvrent 80 % de la surface totale. C'est à peu de choses près, le paysage qu'il nous est encore possible de voir actuellement.

     

    Source : Marie-Claire SIMON-COSTE, Les montages d'Auvergne avant la vie pastorale actuelle, villages désertés et paysage fossile de la commune de Collandres; in Revue archéologique du centre de la France, tome 27, fascicule 1, 1988, pp. 61-98.

     

    >Lire l'étude


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