• St-Etienne-de-Chomeil : le maître-autel restauré (suite et fin)

    Histoire de l'église Saint-Etienne-et-Saint-Clair

    Saint-Étienne-de-Chomeil, village de 200 habitants, vit essentiellement de l'élevage et du tourisme. Il est situé au nord-est de la région très accidentée et excentrée qu'est le Mauriacois, pays de campagnes et de moyennes montagnes s'élevant progressivement des gorges de la Dordogne et de la Rhue au Puy Mary.

    L'église de Saint-Étienne-de-Chomeil est l'un des édifices romans les plus caractéristiques du Mauriacois. Elle est inscrite à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques (ISMH) depuis 1993, après une première inscription de son abside dès 1949.

    Cette église, au passé ancien et riche, est dotée du seul maître-autel avec retable existant encore dans la vallée de la Sumène. Il en est un élément-clé, ainsi qu'un chapiteau extérieur célèbre sur lequel un sagittaire, au dessous d’un motif d’entrelacs, bande son arc en se retournant en arrière pour viser des têtes grimaçantes, une cloche en bronze de 1563, un bénitier en trachyte de 1751 et un ostensoir dû à J.B. Simon-Lefranc, de la fin du XVIIIe siècle. Tous ces éléments sont inscrits à l'ISMH.

     

    Carte de localisation des églises romanes "mauriacoises"

     Les églises romanes  

    L'église

    En 917, une église consacrée à Saint Étienne (« …. ecclesia que est fundata in honorem sancti Stephani… »), avec les terres qui constituaient sa dot, y avait été cédée au chapitre de Brioude par une veuve, avec tout ce qu’elle y possédait. Nous n’avons aucune description de cet édifice, ni datation de sa construction, mais il est établi que c'est l'église qui a donné son nom définitif au village.

    L’église actuelle, couverte entièrement en lauzes, se compose d'un chevet demi-circulaire daté du XIe siècle, d’une nef voûtée en berceau plein cintre, et de quatre chapelles.

    La première partie de la nef, de style roman (l’église possède quelques chapiteaux très originaux par leur cordage supérieur), a été allongée, comme le révèle le décrochement de la toiture visible de l’extérieur. Ce décrochement laisse voir l’amorce d’un premier clocher, probablement beaucoup plus modeste que le clocher actuel.

    Les quatre chapelles ont été construites à des dates différentes, bien que toutes dans le style ogival des XIVe et XVe siècles. Les deux les plus proches du chœur sont les plus anciennes. Elles formaient avec le reste une croix : le transept (dans la chapelle de gauche, dite « du château », la clé de voûte porte un double écusson : « parti au premier de gueules, à trois pommes de pin d’or et au deuxième d’azur au chevron d’or accompagné de trois étoiles de gueules posées 1 et 2. » On pense que le second représente les armes des Dienne, bien que l’on fait figurer habituellement leurs armes avec trois croissants accompagnant un chevron).

    Le porche, gothique, précède une porte surmontée d’un vitrail. Il est entouré d’un linteau supporté par deux têtes, le tout du XVe siècle. Une niche y logeait une piéta ancienne, mise en sécurité dans l’église.

    Le chevet est divisé en trois compartiments par des colonnes rondes dont l’une porte, en chapiteau, un signe du zodiaque, le sagittaire. Situé au-dessous d’un motif d’entrelacs, il bande son arc en se retournant en arrière et vise les têtes qui se trouvent aux angles de la corbeille. Les colonnes portent une corniche ornée de modillons à copeaux, billettes, losanges, figures grimaçantes, etc.

    Le clocher à peigne, caractéristique de la Haute-Auvergne, est composé de quatre baies romanes inégales hébergeant 4 cloches. L'église de St-Etienne-de-Chomeil est la seule du Pays Gentiane à posséder ce type de clocher.

    C’est à Saint-Étienne-de-Chomeil et à Tiviers (près de St-Flour) que l’on a identifié les premières inscriptions en lettres modernes sur des cloches dans le Cantal. (Antoine Trin, Les Cloches du Cantal, Aurillac, 1954). La cloche en question est de 1563, et porte la même inscription, en lettres capitales romaines, que sa cloche sœur de Tiviers : « + A VN SEVL DIEV HONEVR E GLOERE MDLXIII. D.I. ». Une autre cloche est presque aussi ancienne puisqu’elle est datée de 1585. Elle porte l’inscription : « IHS-MA-St STEPHANEE ORA PRO NOBIS-1585 ». La troisième en partant de la gauche a été refondue en 1896. (René de Ribier, Les Paroisses de l’Archiprêtré de Mauriac, p.65) ; on y trouve les inscriptions : « Laudate dominum in cymbalis bene sonantibus. P. Raoul de Douhet de Saint Etienne. M. Claire Chevalier du Fau. Je m’appelle Clairette Et le son de ma voix Dissipe bien des fois L’orage et la tempête. » La première en partant de la gauche a été rapportée de la chapelle Saint-Blaise du château de Val, au moment de la vente de ce château par la famille de Saint-Etienne, au début du XIXe siècle, mais elle a été également refondue, comme l'indique ce qui y est inscrit : « Sancti Blaisii, ora pro nobis. Dame Elisabeth de Lastic, marquise Descars de Valles et de Lanobre, 1452. refondue en 1896. P. Edouard de Douhet de Saint-Etienne M. Marie de Saint-Etienne, comtesse de Malet ».

    Une statue de la Vierge, en fonte, fut placée après la défaite de 1870, à la suite d’une mission, au sommet du clocher à peigne, entre les deux croix en pierre existantes. A cette époque, l’Eglise multipliait les « missions » et les processions rédemptrices.

    Une grande croix en fonte fut érigée à gauche du porche en 1879. (cf. L’Echo des Cimes, p. 14, abbé Mayonobe d’après l’abbé Pons 1907-1924).

    Comme il était de coutume dans de nombreuses communes françaises, l’église était alors entourée du cimetière, comme le montre le plan cadastral de 1837. La décision du transfert du cimetière fut prise en 1881 et le transfert effectué en 1885.

     

    Le maître-autel

    Le maître-autel date du XVIIe siècle. Il est orné d'un retable monumental en bois peint et doré comportant des colonnes torses agrémentées de feuilles de vigne et de grappes de raisin, comme souvent sur les retables de cette époque, tandis qu'un impressionnant Dieu-le-Père surplombe l'ensemble.

    Ces colonnes encadrent un tableau ancien représentant le martyre de Saint Étienne, lapidé tandis que Saul, le futur saint Paul, garde les habits des bourreaux, conformément à la description du récit de la mort de celui qui fut le premier martyr du christianisme, donnée par les actes des apôtres.

        

    Le tabernacle, en bois doré, est orné par des anges, comme les corniches. Il est encadré de chaque côté par des sculptures en médaillon représentant les quatre évangélistes tenant l’Évangile, chacun accompagné de son symbole : l’aigle pour Jean, le taureau pour Luc, le lion pour Marc et l’ange pour Matthieu.

    Deux niches présentent les statues en bois doré des patrons de la paroisse : Saint Clair (en évêque, avec mitre et crosse, tenant l’Évangile) et Saint Étienne (en diacre, tenant à la main les cailloux de son supplice).

    La paroisse et l’église se placent, en effet, sous la protection de Saint Étienne, qui a donné son nom au bourg et à la commune, mais c’est Saint Clair qu’on honore le jour de la fête patronale qui tombe le 2 juin et que l’on célèbre le dimanche suivant. Sur l’autel galbé, en bois, le symbole de l’agneau rappelle « l’agneau de Dieu ».

    A la fin des années 2000, la municipalité a pris la décision d'offrir à ce retable la sécurité et le cadre qu'il mérite, en refaisant les toitures de l'église, en rouvrant la baie romane donnant au centre du chevet, en refaisant et en encastrant l'installation électrique, en prévoyant des dispositifs de sécurité pour le mobilier, tout en remettant en état la sacristie.

    L'étape finale a consisté en la réinstallation du maître-autel, après que celui-ci ait été traité et restauré dans les règles de l'art, grâce, entre autres, à une souscription pour contribuer à sa restauration (illustration).

     

    Une restauration qui s'inscrit dans un ensemble

    Déjà, depuis un certain nombre d'années, les habitants du village avaient eu à cœur de chercher à sauver, protéger et mettre en valeur tout ce qui pouvait l'être encore dans cet édifice chargé de leur propre histoire ...

    C'est ainsi qu'un beau bénitier en pierre sculptée et daté de 1751, à un moment encastré dans le mur, avait été remis à sa place originelle dès les années 1980, et que la piéta venant du porche avait été restaurée (une statue en bois de la Vierge, trouvée dans les années 1970 dans le grenier du presbytère, avait elle aussi été restaurée, en 1984). 

        

    Le Christ en bois accroché au niveau du transept est d’une facture moins fine que celle d’un autre Christ en bois, hélas sans bras, contemporain des chapelles latérales les plus anciennes, où l'on peut admirer également, entre autres, une très belle statue polychrome de la Vierge à l’enfant et un reliquaire argenté contenant les reliques de Saint Étienne, Saint Clair, Saint Géraud, Saint Rémy et Saint Blaise.

    On trouve aussi, dans une chapelle, une peinture qui revient de loin : roulée et laissée ainsi à la sacristie pendant de très nombreuses années, elle servait de couche au chien du curé.... Heureusement, quelqu'un fit preuve de curiosité dans les années 1990, et elle put être restaurée juste à temps, rappelant ainsi un épisode de l'histoire du village : elle représente en effet la fuite en Égypte avec cette particularité que l’Enfant Jésus y est figuré sous les traits du jeune fils du dernier comte de Saint-Etienne : François-Marie-Paul-Léon, né le 18 novembre 1831 et décédé le 12 mai 1836, à l’âge de 4 ans et demi. (René de Ribier, Les Paroisses de l’Archiprêtré de Mauriac, p.66). La descendance masculine de cette famille s’est éteinte avec lui, mais le fil de l'histoire a été renoué par l'adoption des armes de la famille par la commune.

    Les derniers travaux entrepris sont le couronnement des nombreux et gros travaux réalisés au cours des dernières décennies, avec persévérance et avec des moyens réduits compte tenu de la taille de la commune, que ce soit sur la structure du bâtiment ou sur le mobilier qu'il abrite.

    La mobilisation de toute une commune d'à peine 200 habitants pour rendre sa dignité à son église, à l'origine de son nom est le dernier chapitre de la longue histoire d'une succession d'agrandissements et d'embellissements harmonieux, mais sans doute pas le moins émouvant !

     

    Source : Pèlerin

      


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